Chambre d'hôtel
Les chambres d'hôtel n'ont pas d'odeur. C'est précisément ce qui les rend disponibles.
La clé en plastique a fonctionné du premier coup. Il est entré, il a posé sa valise contre le mur. La chambre est correcte — un peu trop éclairée, un peu trop neutre. C'est une de ces chambres qu'on oublie en sortant le lendemain, qui n'ont ni mémoire ni avenir.
Il a défait sa cravate. Il s'est servi un verre d'eau. Il a allumé la télévision pour rien — pour combler. Il a regardé par la fenêtre : la ville en bas, qu'il ne connaît pas. Il a éteint la télévision. Il s'est assis sur le bord du lit.
Ce qu'il y a, dans les déplacements professionnels, c'est cette parenthèse étrange où personne ne sait précisément où on est. Les uns le savent « en déplacement ». Les autres le savent « atterri ». La chambre, elle, ne sait rien de lui. C'est cette inconnaissance partagée qui rend tout possible — et tout léger.
Dans cette chambre qui n'est à personne, il y a soudain quelqu'un.
Il a sorti son téléphone. Il a composé le numéro. La voix qui a décroché a pris la mesure de la chambre avant même qu'il ne la décrive — il en est convaincu, après coup. Elle a parlé bas, comme on parle dans une chambre. Elle a installé une intimité que rien dans la pièce ne préfigurait.
Il s'est allongé en travers du lit. Il a fermé les yeux. Il a entendu la voix s'approcher du micro et il a su que la soirée venait de commencer. Sa valise est toujours contre le mur. Il s'en occupera demain. Pour l'instant, il est exactement là où il doit être.