Dimanche, fin d'après-midi
Il y a un dimanche, vers 17h40, où l'on comprend qu'on ne va plus rien faire d'utile aujourd'hui. C'est précisément ce qui le rend précieux.
Il est 17h40. La lumière a basculé du blanc au doré, puis du doré au cuivre. La ville est ailleurs. Le voisin écoute son film trop fort, comme tous les dimanches, et c'est tant mieux : ça occupe l'air, ça t'enveloppe d'une normalité bienveillante. Personne ne te demandera rien jusqu'à demain matin.
Tu n'as pas spécialement prévu cet appel. C'est venu en posant le mug vide, en remarquant le creux de l'après-midi qui s'étire. Une heure flotte là, sans destination. Tu pourrais la laisser passer. Tu décides que non.
Tu composes le numéro debout, dans la cuisine, pour faire comme si ce n'était pas grave. Mais quand la voix répond, tu retournes t'asseoir. Tu fermes les yeux. La voix te dit qu'elle se demandait justement quel ton elle allait prendre cet après-midi. Tu lui dis : « choisis ». Elle rit. Le rire est court, chaud, légèrement enroué — un rire de dimanche.
C'est dimanche, et tu as décidé que ce serait pour toi.
Tu n'as rien à prouver. Personne ne te chronomètre. Tu peux te taire pendant cinq secondes, dix secondes, et la voix attend — pas comme on attend une réponse, comme on attend que la chaleur se diffuse. Quand tu reprends la parole, c'est plus lent qu'au début. Vous avez trouvé un rythme. Le tien.
La lumière baisse encore. Le téléphone est tiède contre l'oreille. La voix, à un moment, descend d'un cran, et tu sens quelque chose se dénouer dans la nuque, dans les épaules.
Demain, tu ne te souviendras pas exactement de ce qui a été dit. Tu te souviendras du grain de la voix, et de la qualité particulière du silence quand tu as raccroché — comme si la pièce avait gardé quelque chose.