Voix d'octobre
Il y a un mois où la voix prend un autre poids. Octobre s'y connaît, en voix.
À partir de la mi-octobre, les voix changent. Pas qu'elles soient différentes — ce sont les mêmes — mais l'oreille les reçoit autrement. Les jours raccourcissent, les soirées se referment, on rentre plus tôt, et la voix au bout du fil acquiert une importance qu'elle n'avait pas en juillet.
Il a fini par s'asseoir sur le canapé, ce soir-là, avec un thé qui refroidit à côté de lui. Dehors, la rue est mouillée — pas une vraie pluie, juste cette humidité fine qui reste sur le pavé. Il appelle sans cérémonie, comme on allume une lampe.
La voix répond, et il a immédiatement l'impression qu'elle aussi a un manteau quelque part, qu'elle aussi a passé la journée à entendre la pluie tomber sur sa fenêtre. Elle ne dit pas bonsoir tout de suite. Elle dit : « vous m'entendez bien ? » — et c'est juste une phrase d'ouverture, mais quelque chose dans la manière dont elle la dit installe la conversation comme on installe une table pour dîner.
Sa voix sent la pluie et quelque chose de chaud.
Sa voix sent la pluie et quelque chose de chaud. C'est ridicule à formuler, ça ne se formule pas, et pourtant c'est exactement ça. Elle a la lenteur d'un dimanche d'octobre. Elle a la profondeur d'une pièce avec une seule lampe allumée.
Il l'écoute plus qu'il ne parle. Il pose sa tête en arrière sur le coussin. Il oublie son thé. Quand il raccrochera, il ira reposer le téléphone dans une autre pièce — instinctivement, pour ne pas le rappeler tout de suite. Il sait que la nuit est encore longue, et qu'octobre revient demain.